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POUR TOI , MAMAN....

ô ma mère

Au crépuscule d' un printemps,

à l' orée de l' été,

c' est toi, ma mère

qui m' a quitté et que je pleure,

en ces jours d' incertitudes.

C' est toi Maman

que j' appelle encore et encore.

Et me reviennent

les milles souvenirs de ta présence.

Tu savais reconnaître l' aimable

en chacun, avec une générosité

sans faille et une ardeur toujours renouvelée.

Combien de fois, t' ai-je taquinée,

bousculée et parfois irritée ?

Combien plus de fois, encore,

t' ai-je interrogée,

désorientée, inquiétée

dans les grands mouvements de ma vie d' enfant,

d' adulte (...)

Ô Maman,

le fil scintillant et précieux

est coupé.

Je ne te prendrai plus dans mes bras

la petite boîte à bisous, offerte l' an passé,

restera vide désormais de ton appétit joyeux,

de ton regard et de tes attentes.

Et tant de petits signes infimes,

qui circulaient entre nous

hors des distances et du temps.

Aujourd' hui, je n' ai plus d' avant-garde,

je suis projeté, en première ligne,

aux avant-portes de la vie.

Je change brutalement de génération.

Je suis obligé de grandir

encore un peu,

tout seul maintenant.

Plus seul encore,

doutant soudain d' être aimé.

J' ai le coeur

comme un oiseau, frémissant

à son premier envol.

Si vulnérable,

il cogne à l' intérieur

à petits coups rageurs

et parfois s' emballe, rugit.

Et ce froid soudain,

à l' annonce de ta disparition

"le coeur s' est arreté,

autour de quatre heures,

au goûter"

Et d' un seul coup,

tous les goûters de mon enfance sont revenus,

palpables, joyeux, vivants,

quand tu me regardais

manger, paisible,

éprouvant dans ta bouche,

chacune de mes bouchées voraces,

et m' initiant par ton regard

à toute l' acceptation du monde .

J' avais vraiment dans ces moments-là,

une Maman unique.

Tu l' es restée,

car je ne peux te comparer à aucune.

Pourquoi encore, ces larmes-torrents ?

Parce que tu n' es plus là.

Pourquoi parfois, ce sourire apaisé ?

Parce que tu es toujours là .

Je rejoins ces jours l' univers immense des orphelins.

Les murmures ne vont pas se taire,

ils se font simplement plus tenus,

plus intenses, plus profonds,

et soudainement plus graves.

jacques SALOME, lettres à l' intime de soi

 

ninie, monie, pti jo

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